Thème 12: Pourquoi ? - Paul
Paul | 19 octobre 2008Le silence des ano
Au premier coup d’œil, c’est son sourire que je vois.
Un sourire qui dit aimer la vie, un sourire qui transmet une certaine bonne humeur, une envie de rire.
Puis son regard pétillant vient renforcer cette chaleureuse gaîté,
Pleine de vie, la voila qui saute dans mes bras, toute excitée.
Elle m’embrasse généreusement, des cris aigus traduisent son plaisir de notre rencontre.
Puis ses paroles s’enchaînent à toute vitesse pour mettre des mots sur son état de bonheur ;
Elle a fait un tas de choses formidables, elle va bien, est en pleine forme, et doit tout me raconter.
On s’installe en terrasse, on commande, on dîne, c’est trop bon, tout est parfait…
Et pourtant.
Et pourtant, je sais. Je la connais. J’ai l’habitude.
Et pourtant aucun mot ne sera dit à ce sujet.
Au plus profond de moi, l’illusion ne prend pas. J’ai n’ai plus envie de me laisser emporter dans le conte pour enfants. C’est devenu impossible.
Tout ce bonheur ricoche en bloque sur ma conscience. Je ne cherche même plus à savoir le vrai du faux, je ne veux même pas nuancer ses propos. D’ailleurs je ne les entends plus.
J’ai juste peur.
Son corps a traduit un peu plus son mal-être. Sa silhouette crie un peu plus fort encore.
Son haut, entrouvert, laisse s’enfuir la détresse. La voila mise à nue, et la vérité est glaçante.
Comme un SOS inconscient qui serait envoyé, à qui l’entendrait et pourrait la sauver.
Une de plus.
Pourquoi ?
Qu’est-ce qui se passe dans leur tête ? Quelle est cette cause qui les détruit à petit feu?
Jusqu’où va s’arrêter ce mal qui les ronge de l’intérieur, les affaiblie, les rend vulnérables, les diminue et qui parfois donne l’impression qu’il ira jusqu’à les faire disparaître complètement?
Ce que je sais en les regardant, c’est que ce mal est sournois. Il est en elles. Au plus profond de leur conscience. Il semble inaccessible. Imbattable. Il me rend fou. Il me panique.
Le sentiment d’impuissance peut alors sembler être le pire des sentiments pour tous ceux qui savent. Je n’ai pas le choix que de rester là, assis sur ma chaise. A les écouter, à prolonger la discussion, à renvoyer l’illusion que tout va bien, la vie est belle.
Parfois elles-mêmes ne savent même plus. Elles sont aveugles et bernées par leur propre fabulation. L’illusion leur est d’abord destinée. Leur monde parfait n’est façonné que pour elles-mêmes. Le plus important à leurs yeux n’est finalement pas que je les y rejoigne, mais que ELLES y demeurent. Alors je les laisse y survivre. Espérant de toutes mes forces qu’elles pourront un jour en sortir. Revenir dans le mien, dans le monde réel.
Et qu’alors, je ne verrai toujours chez elles en premier leur sourire. Que ce sourire dira encore aimer la vie. Que leur regard pétillant viendra toujours renforcer cette chaleureuse gaîté,
Que pleines de vie, elles me sauteront dans mes bras, excitées, à chaque fois qu’on se verra.






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