Semaine 3 - Cuisine - Paul
Paul | 19 mars 2008Vous connaissez tous le resto jap.
Le resto jap est différent du restaurant japonais :
On va diner au restaurant japonais. On savoure la cuisine japonaise, on y passe du temps.
D’ailleurs peu de gens vont vraiment dîner dans un restaurant japonais.
Par contre, on se fait un resto jap.
Et le resto jap n’a d’ailleurs pas grand-chose de japonais.
Ils sont tenus par des familles entières de coréens ou chinois. Qui en fait, vivent tous dans le resto.
Et manque de bol (de riz), on vient tous se faire un resto jap au soleil couchant! Dur pour ceux qui sont du soleil levant !
Pile quand ils veulent tous aller se coucher ! Mais gentiment, business oblige, ils renfilent leur pyjamas et robes de chambre avec leur dragon et leur marque de bière dans le dos …sympa pour les cauchemars… et se remettent aux cuisines…enfin… ils se remettent aux cuisines, bien grand mot ! Pas vraiment de cuisine, ils se remettent derrière le bar à coudes. Un est au frigo, mis en mode casi congelo pour faire croire que le poisson, ramené dans le coffre du cousin le mois dernier est frais. L’autre au barbeuc, à grosses flammes pour ne pas laisser les traces sur la viande. (C’était la doyenne de la famille, voire du quartier, paix à son âme) Et un 3e gars au rice cooker, avec sa truelle pour décoller les grains riz du fond (celle-là même de truelle qui sert à la sœur pour décoller les grains de beauté du fond de teint…)
Notez qu’ils arrivent quand même à sur valoriser le riz cramé du fond en l’inondant de soja et d’huile et en l’appelant
« riz spécial thaïlandais » ! « Marguéding ! »
Arrive après le jeu des chiffres et des lettres.
« J’achète un K, moi un L et moi un W. Vous rajouterez également un H sans le saumon et avec du riz.
Ah, c’est vrai vous avez raison, ca fait un U ; autant pour moi ».
Qu’on ne s’étonne pas que les serveurs ne sachent pas parler français.
Toute la journée c’est « Alors un H, un L, un M » ou « Un P 2 Q »…
Parfois, tu te demandes s’ils ne compliquent pas le tout exprès avec les tailles des menus :
XL, L et S. Le XL c’est le thon entier, le L c’est le cadet des sushis, et le S, c’est la sardine.
Evidemment, tu redemandes la carte quand il revient avec les plats : « zut, je sais plus, j’ai pris un R ou un K ? ».
Apres, c’est le jeu de la bataille de riz : où tu t’affiches avec tes baguettes à bouffer tes grains de riz plus du tout collant.
L’autre jour ma copine en a tellement eu marre, qu’elle ma fait commander couteau, fourchette, cuillère…
(On a tous l’instinct colonialiste…)
J’ai cru (comme le poisson) que le serveur, tellement exaspéré, allait lui apporter une canne à pêche :
« et ca aussi vous en avez besoin pour les sushis ??!! »
La grande classe, c’est quand il te mène en bateau les sushis, sur la grande barque en bois, (laquée comme le canard dans le restau des cousins d’en face). Là ça en jette !
T’as l’impression de voir plein de minis cachalots échoués sur le navire, et qu’ils n’attendent que d’être mangés pour te rejouer la scène de la tempête dans l’estomac…
Enfin, une fois les assiettes finies, arrive en même temps que l’addition, le p’tit verre de saké…. (Et là tu comprends bien pourquoi ca s’appelle du saké)… apporté sur un p’tit plateau, laqué lui aussi comme s’il avait servi de fond de cale au navire à sushis, accompagné d’un joli petit sourire de faux cul… « Merci beaucoup, à bientôt ».






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