Courir
Paul | 11 mai 2009C’est l’heure.
Si si, c’est l’heure. Je me l’étais promis. Je m’étais dis qu’à cette heure là, j’y allais.
Ok, encore 15 minutes. Parce que là quand même je suis bien. Confortablement installé. Ca n’arrive pas tous les jours, alors autant en profiter.
C’est l’heure. Allez, bouge toi, je te dis que c’est l’heure. Si c’est pas maintenant ce ne sera jamais. C’est toujours la même chose. Apres t’as plus le temps. Apres c’est trop tard, après tu reportes à demain, et ainsi de suite.
Hier déjà t’y a pas été.
Ok. J’enfile mes chaussures. Un dernier verre d’eau, un regard sur ma montre et c’est parti.
Parti par où ? Peu importe. On s’en fout, l’important c’est de courir.
C’est justement ça qui est dingue. D’avoir juste besoin de courir. Courir pour courir.
Ce n’est pas courir pour prendre l’air, encore moins pour se divertir ou pouvoir découvrir un quartier, une région, une campagne. Non, là c’est juste courir pour courir. J’habite ici, donc je cours ici. Dans les rues que je sillonne tous les jours, que je connais par cœur. Jusqu’à arriver au stade du coin, pour pouvoir encore moins me poser de questions sur mon chemin : suivre la piste. Courir.
On les voit tous ces gens qui courent. Ils me rappellent ces prisonniers qui font leurs exercices de musculation dans les
Un besoin d’évacuer. Un besoin de se libérer. Pour les prisonniers, ca peut paraitre compréhensible, mais pour nous ? Mais pour moi ? Besoin de me libérer ? De quoi ? Qu’aurais-je à évacuer ? Est-ce qu’on pourrait, en extra-paul-lant certes un peu, mesurer le bien ou mal être d’une société aux nombres de coureurs dans les rues ? Cette manière artificielle d’aller se bouger de quoi est-elle révélatrice ? D’abord est-ce un symptôme positif ou négatif ?
Je ne prends pas le temps de répondre. Ni même d’y réfléchir. Je prends que mes chaussures et j’y vais. Besoin de courir. Vite.
Envie de transpirer. De me dépasser.
Me voilà au stade, à mon deuxième tour de piste.
Accélérer. S’essouffler. Je tente de tenir tout ce tour à ce rythme. Allez, j’y suis, je tiens….je continue…la ligne se rapproche, je garde ce rythme….c’est bon ! je peux redescendre la cadence pour reprendre mon souffle. Je trottine.
Je trottine encore quelques mètres et je repars. J’accélère. Je sens tous mes muscles en mouvement. Je monte encore un peu l’intensité de l’effort…et je maintiens ! Je finis la longueur comme ça.
Mes tours terminés, je rentre doucement. Satisfait. Transpirant. Essoufflé, soufflant, content.
Je n’ai pensé à pas grand-chose finalement. Simplement à me dépasser. Voire à morfler. Juste comme ça. Pour me faire du bien. Ou plutôt du mal qui me fait du bien.
Comme tous ces coureurs des rues autour de moi.
Aucun plaisir de ballade. Aucune vue à admirer. Aucune lumière à apprécier. Aucun bon air à respirer.
Courir pour courir. Aucun jeu, aucun divertissement. Aucun échange avec aucun partenaire ni même adversaire. Juste courir pour et contre moi.
Parfois, quand je me regarde courir, ou vois tous ces autres coureurs, j’ai l’image du hamster dans sa roue qui me vient. L’exercice pour l’exercice.
Puis je reconnais le plaisir qui s’en dégage. La satisfaction entière de l’effort physique. De s’être dépassé. De l’avoir fait. De transpirer.
Ne regrettant rien de ma sortie, je rentre heureux. En me promettant encore que demain je remets ça.
Et ce WE, j’irai courir. Mais à deux. Dans les champs. Me rendre compte de quelle saison on est. Savoir comment il va. Raconter ma vie. Sentir cet air frais et apprécier ces quelques rayons de soleil. Ce WE la bête redeviendra humaine. Courir pour aimer.






Commentaires récents