le train (n°1)
Paul | 11 mai 2009Plus que 25 minutes avant son départ et vous êtes encore chez vous.
La gare est bien à au moins 20 minutes en bus. Et encore faut-il qu’il y ait un bus qui passe. Vous avez un sac plus lourd qu’un corps mort et pour couronner le tout, vous devez imprimer votre billet à la gare ; sans oublier de prendre la bonne carte bleue avec laquelle vous l’avez payé en ligne.
Autrement dit, ca va être chaud.
Vous claquez la porte et vous vous jetez dans les escaliers.
La sangle du sac vous scie à mourir le cou mais vous vous plaindrez plus tard. Vous traçez. Vous priez tous les saints et patrons de la terre et du ciel, que votre bus arrive à temps.
Le bus apparait au coin de la rue. 2 solutions : soit il vous passe sous le nez et c’est foutu, soit vous pouvez l’attraper et la course continue. Apparemment vous avez prié le bon saint, vous voila dedans.
Le compostage vous vous en tamponnez et allez vous asseoir au fond. Pas eu le temps de prendre ni ticket ni monnaie. Z’ont qu’à accepter votre carte bleue comme leurs collègues du train.
Après un salaud de taxi qui dépose quelqu’un au milieu de la chaussée et un jeune couple qui met une heure à descendre tous ses paquets du bus (imaginez ces deux là quand ils auront des mômes) vous y êtes.
Départ du train dans 4 minutes.
La sangle vous scie encore plus, bien que vous vous étiez promis de la rallonger dans le bus.
Vous vous ruez sur ce débile de distributeur qui vous fait perdre votre temps à vous demander si vous voulez un reçu.
Est-ce que vous avez la tête du type qui a besoin d’un reçu ? Pour en faire quoi ? Des collages ou des cocottes en papier ?
Billet composté, t-shirt trempé, souffle coupé, vous êtes enfin assis.
Ouf. Vous allez pouvoir vous reposer tout le temps du trajet…
« Excusez moi, est-ce que vous êtes bien à la place 64 ? »
Qu’est-ce qu’elle vous veut celle là ? Elle s’imagine quoi ? Que c’est peut-être votre numéro porte bonheur ?
Que par superstition vous avez choisi de vous y installer ?
Vous n’avez pas eu le temps de répondre, que vous réalisez que tous les projecteurs sont déjà sur vous. Tout le wagon retient son souffle. et vous regarde : Le suspense est torride! Le duel est provoqué!
Alors lentement, vous vous levez. Vous ne lâchez pas des yeux cette cow-boy venue vous défier. Toujours lentement, vous plongez votre main dans votre poche arrière. Et vous dégainez. C’est terrible ! La foule n’en peut plus de savoir : êtes vous bien place 64 ?
Vous lâchez votre regard de tueur à cette inconsciente, et sans même lire vous-même le billet, vous le lui flanquez devant les yeux.
« Ah, bha oui, vous êtes bien place 64 également ».
ouf ! Vous respirez.
Mais pour qui elle se prenait cette tocarde ?
Victorieux et la poitrine gonflée d’orgueil à l’extrême, vous lui lâchez un : « faites voir le votre ». Et bien fort, vous décidez de l’achever d’une seule balle : « c’est la voiture 8 ici, pas la voiture 7 ».
Le public est conquis. En super héros, vous vous rasseyez.
En 25 ans de train, jamais, oui, JAMAIS, vous vous êtes trompé de siège. Ou presque.
L’air dégagé, vous la regardez partir, trainer péniblement sa valise, encore plus lourde qu’elle, jusqu’à la voiture qui suit.






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