Jeter une bouteille à la mer…
Ludo | 19 février 2008Jeter une bouteille à la mer et attendre une réponse.
Tu es là, les yeux rougis par les larmes et le regard fixé sur un horizon variant suivant les humeurs des nuages. Parfois blanc comme neige, parfois noir d’une colère qu’aucun navire ne saurait surmonter ; ce soir ils sont rouges, rouge flamme.
Le sable te balaye les pieds encouragé par le vent, incessant dans cet endroit du monde. L’eau te regarde impatiente, complice.
Elle sait.
Qu’as-tu écris dans cette bouteille ? T’en souviens tu au moins ? Il y a si longtemps maintenant.
Et si surgissait devant toi le vaisseau tant attendu, guidé par cet homme, monterais-tu à bord ? Pour aller où ?
Quitter ce que tu connais et t’éloigner de ces confortables habitudes. Ou plutôt courir après tes certitudes, tes espoirs. Ils ont si souvent été trahis pourtant.
Il fait nuit. L’eau te caresse les genoux à présent. Ton regard, lui, s’est échappé loin d’elle, jouant avec les étoiles à inventer les formes les plus étonnantes.
C’est là que tu aimerais être ? Pourquoi faire ? Le froid t’envelopperait et seul un sentiment de vertige infini s’emparerait de toi, de nous.
Un pas, deux pas. Un troisième. La mer maintenant t’enveloppe de toute part, tes seins semblent hésiter, jouant avec la surface au gré des vagues. Peut être ont-ils peur de plonger, dessous il fait si noir. Tu devrais les écouter, leur faire confiance.
Comment me faire entendre ?
Tu souris, tu viens de réaliser que tu es habillée. Ton grand paréo danse sous l’eau comme libéré de son poids, lui qui pourtant semblait si léger. Les courants jouent avec les formes de ton corps, déplaçant le tissu selon leurs désirs, créant des sculptures éphémères, sensuelles.
Une vague, puis une autre, tes cheveux s’emmêlent, tournent, alourdis par cette eau salée. Premiers reflets d’un destin que tu crois avoir choisi. Vie en intermittence.
Personne ne répondra. Tu le sais maintenant.
…et cette bouteille, l’as-tu vraiment envoyée ?
Tu ne sais même plus. Avoir dépensé tant d’années à la poursuite d’un souvenir, d’un fantôme… Combien de bonheurs volontairement évités, soigneusement désamorcés ?
Pourquoi ne pas l’admettre, l’accepter… et repartir ?
C’est maintenant ton souffle qui s’enfuit loin de toi. Les bulles sortent de ta bouche restée ouverte, comme pour libérer tous les cris que tu as toujours retenus. Mais pas un son ne sort, même maintenant l’asphyxie de ton esprit est plus forte que la douleur physique.
J’ai peur, je n’admets pas ton choix.
La douleur te brûle, me brûle, et tes sens sont saturés.
Tu me quittes.
Tu ne m’as plus écouté depuis tant d’années que tu ne t’en rends même pas compte.
L’eau envahit ton corps et me fait frémir, me fait faiblir.
Je cesse de battre.
Voilà bien ton seul souhait qui se sera réalisé…
L/






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