Thème 15 : Le grand bleu
Amilibriste | 3 février 2010Un grand bleu,
Je vois le bleu foncé des heures floues et mouillées d’un soir glacé. C’est samedi, enfin…Une de ces nuits d’un bleu noir, lié au matin lumineux d’un ciel clair d’une vérité du dimanche. Presque un fait divers. Le grand bleu du ciel noirci par une vision du réel violente et décevante. Encore. Encore des gens faibles qui abandonnent et se regardent mourir dans leur océan d’habitudes répétées. Des automates qui voient leur reflet dans l’eau et s’en contentent, croient, sans voir la profondeur de l’âme derrière les remous des mots, des gestes, des éclats de rire. Les vagues en pleine gueule réveillent et ramènent les bouts de vie, échoués comme des déchets de bois pourri et bouffé par les vers qu’on voudrait archiver.
Je regarde le bleu du goudron, j’écoute mes talons qui claquent sur le bitume étoilé de verglas. Je ne veux pas tenir ta main, je veux rentrer dans cette solitude accompagnée dans laquelle tu me renvoies. J’écoute tes mots, je les laisse transparents et vides, le bleu marine dans mes pensées tourbillonnantes mais sans se placer sur la toile…J’y retourne donc, puisque cette solitude là ne déçoit pas. Je construirai seule, je sculpterai ces pierres qu’un jour une âme naïve surprendra au fond d’une mère.
Sur ces pierres, foulées par les vagues de ces cons qu’on laisse marcher sur son propre sable et qu’on noie dans l’oubli…Sur ces pierres, refoulées par les marées régulières qui suivent fidèlement les mouvements de lune. Comme ces rythmes de jeux de regards déjà connus, toujours les mêmes, leur régularité rassure pourtant…Toujours les mêmes codes, les mêmes empreintes éphémères. Il faudrait qu’on se voie en train de regarder dans ces miroirs d’autres, dans ces sourires langoureux, dans ces langues qui s’emmêlent dans des phrases trop longues. Il faudrait qu’on s’arrête pour comprendre qu’on effleurent à peine la surface des choses, et qu’aller au fond est la véritable vibration.
Autant se noyer au fond des choses que rester où l’on a pied par peur. Se noyer par cœur, perdre pied, se jeter à l’eau, mettre de l’eau à la place de l’air…Détournement de fond. Les poumons sont faits pour se remplir de l’air froid de cette nuit de presque-chute, les semelles menacent de glisser à chaque pas, je veille à chaque bruit de talon, je sens la terre solide, et la tendresse de ce courant chaud qui passe dans nos baisers. Le courant passe, les paroles blessent, la mer efface, mes doigts tracent, tes sentiments se cassent, et mes pas avancent, sans règles ou chemins payés d’avance. On peut aimer marcher avec quelqu’un sans savoir où on va, comme deux âmes en étoiles dont les branches se caressent, se lient et grandissent pour faire plus de lumière.
C’est cette lumière là que je veux pour ma vie, d’un bleu intense et plein, sans demi-teinte et sans couleurs tièdes. Je préfère un réel intense, glacial et brûlant, qu’un rêve trop doux dans une vague sans amarre. Je crèverai le grand bleu de tes yeux verts si je vois que je m’y noie. Tes pupilles resteront sèches, les miennes pleureront encore un peu, mais plutôt vivre que d’attendre que tu trouves la source de tes larmes. Un seul regard en arrière et je te condamne.
ElisaB.






texte magnifique, fort, poignant, déchirant... un texte contre lequel chacun
lili63 | 3 février 2010 | 15:05texte magnifique, fort, poignant, déchirant… un texte contre lequel chacun de nous se heurte!