Semaine 4 - Evasion de prison - Ludo
Ludo | 26 mars 2008Une pièce carrée, quatre murs. Blancs. Blancs comme le silence qui m’ entoure.
Un lit de fer aux pieds rouillés. Rouillés par le temps et le désespoir de mes prédécesseurs.
Sur le lit un petit matelas de mousse usé par les pleurs, moins épais que la ration de pain du soir, soutient nos corps oubliés.
Un drap. Fin. Fin comme le souffle de vie qui nous rappelle que nous sommes des hommes. Léger comme le souvenir d’une dernière caresse.
Un évier d’ où résonne le chant triste d’ une goutte d’ eau plongeant dans le noir.
Une lucarne. Haute. Si haute qu’ elle semble toute petite. Si petite qu’ elle ne permet de voir qu’ une étoile à la fois.
Il faut pour cela s’ asseoir bien en dessous, sur le ciment froid. Froid comme le regard des gardiens qui ne savent rien de moi.
Enfin, une étagère - qui peut-être a connu des livres - vide. Vide comme l’ espoir de mes voisins de cellules. Vide comme le sens de ces vies arrêtées.
Ce soir, comme tous les mois, pendant quelques minutes, la lune remplacera l’ étoile de la lucarne.
Alors j’ attends.
J’ attends le reflet, le rayon de lune qui va longer les murs pour venir se poser sur le sol, à la verticale, tel une corde de draps envoyée par Pierrot.
Je l’ observe qui glisse le long des briques de chaux. Doucement, en silence. Surtout ne pas attirer l’ attention. Je souris.
Je souris parce que je sais que dans quelques instants je serai loin. Loin de ces quarte murs blancs, de ce lit rouillé, du matelas usé, du drap fin, de l’évier qui pleure, de l’étagère vide et de la trop haute lucarne. Loin de ce monde que l’on a choisi pour moi. Loin de cet univers restreint où l’on ne pense plus.
Dans cette nuit paisible, après toutes ces années sans rêver, je vais m’ évader.
Ce n’ est pas si difficile, et je pourrai même les remercier. Oui, c’ est grâce à eux si je peux, c’est à cause d’eux si j’y arrive. Durant trop de temps ils m’ ont tout pris, durant trop longtemps je n’ai rien reçu. Je suis ce soir si léger, affranchi de toutes attaches, qu’il m’ est désormais bien facile de grimper le long de ce rayon de lune.
L/






Tu vas pouvoir en faire une chanson pour Renaud
teddy | 26 mars 2008 | 17:18Tu vas pouvoir en faire une chanson pour Renaud
Une chanson avec un titre du genre "société tu m'as
Vivien | 26 mars 2008 | 23:54Une chanson avec un titre du genre “société tu m’as pas eu”.
Alors là, joli pied de nez car tu as usé
makuramis | 28 mars 2008 | 9:11Alors là, joli pied de nez car tu as usé et abusé avec justesse des qualificatifs ! beau travail sur les comparaisons. J’aime beaucoup cette ambiance.
Juste une remarque : tout le long du texte où chaque passage hurle “je suis en paix avec moi-même”, je voyais presque venir “l’évasion” de la prison par la peine de mort. Genre, c’est mon dernier jour ici = sur terre. A moins que ce soit effectivement ce que tu suggérais ?
Biz
@makuramis: He he, tant mieux, c'est mieux qd la fin
Ludo | 28 mars 2008 | 17:23@makuramis: He he, tant mieux, c’est mieux qd la fin n’est pas “trop” téléphonée.
Salut les poetes, ouh la la ça me fait un peu
Flav | 28 mars 2008 | 22:15Salut les poetes,
ouh la la ça me fait un peu déprimer ton histoire de chambre vide et d’évier qui pleure.
Vite, fuyons vers les souks bruyants et les ruelles puantes de Tunis d’où je vous lis!
Perso j’aurais moins usé du pronom “je”, qui donne un ton un peu trop narcissique à mon goût.
Allez, bises les cousins,
Flav
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